La sériciculture à Arpaillargues, Aureilhac et en Uzège

La sériciculture à Arpaillargues, Aureilhac et en Uzège

Photo Midi Libre

La sériciculture (élevage du ver à soie) était florissante au XVIIIe siècle et faisait vivre plusieurs milliers de personnes en Uzège. De nombreuses filatures s’étaient spécialisées dans la production de bas de soie. De cette époque, outre quelques anciennes filatures désaffectées ou les fenestrons longeant les génoises de certains vieux mas, il nous reste de vieux mûriers jadis plantés pour la production de feuilles destinées à l’alimentation des vers à soie et dont on rencontre encore quelques spécimens au bord des chemins ou dans des propriétés agricoles.

Bernard Malzac, historien, fondateur des Éditions de la fenestrelle animera une vidéo-conférence sur « La sériciculture en Uzège et à Arpaillargues-Aureilhac » le

mercredi 30 mars à 17h à la Mairie d’Arpaillargues

Il nous restituera à l’occasion le fruit de ses recherches en archives municipales qui devrait nous donner un aperçu de l’importance de cette activité sur notre village. Participation gratuite

Pour les adhérents de La Zébrine, cette conférence sera suivie de l’Assemblée Générale Ordinaire de l’association.

Ça c'est bien passé

Un public fourni

Bien que le Covid eût décimé quelque peu les rangs de la Zébrine, une trentaine de personnes d’Arpaillargues-Aureilhac et de l’Uzège s’est retrouvée le mercredi 30 mars dans la petite salle de la mairie (juste assez grande pour les contenir). Ils s’étaient regroupés pour écouter Bernard Malzac nous parler de cette activité si florissante au 19e siècle et qui à présent fait partie du passé : la sériciculture ou l’éducation des vers à soie. Car « il s’agit d’éducation et non d’élevage, à partir de graines et non d’œufs » nous précise d’entrée Bernard !

Le conférencier

Bon nombre de zébriniens le connaissent bien, puisque nous l’avons suivi dans une balade à la Vallée de l’Eure. Président d’HCU, directeur des Éditions de la Fenestrelle, auteur de nombreux articles sur le patrimoine du Républicain et natif de Serviers, il connait parfaitement l’histoire de l’Uzège et aime partager ses connaissances et ses recherches. Son propos se déroule en plusieurs parties : un bref historique, le vers Bombyx mori, la culture du mûrier et les filatures.

Vieux mûrier à l’entrée du village 1940

Historique

L’Éducation du vers à soie a été introduite au 15e siècle en France essentiellement autour de Lyon. Elle se développe au 16e avec deux personnages importants : Olivier de Serres, jardinier et conseiller d’Henri IV et François Traucat, jardinier nîmois, qui aurait fait planter 4 millions de mûriers en Provence et en Languedoc. Au 17e les guerres de religion ont eu un double effet contradictoire : l’intendant de Baville fit construire des chemins royaux bordés de mûriers, mais de nombreux protestants, artisans et négociants en soie ont du s’exiler (après la Révocation de l’Édit de Nantes). En 1709, l’hiver fut pire que celui de 1956, un grand froid gela les châtaigniers et les oliviers mais épargna les mûriers, ce qui incita à la plantation de ces arbres résistants, à la pousse rapide.

Affiche d’incitation à la plantation

Le développement de la sériciculture se poursuit jusqu’au 19e s. En 1853 elle atteint son apogée avec 6000 tonnes de cocons produits principalement dans le Gard. Hélas dès 1852-60 s’en est suivi une période de maladies avec surtout la Pébrine qui décima tous les vers à soie. Louis Pasteur fut appelé à l’aide. Il s’installa à Alès grâce à son ami Jean Baptiste Dumas pour trouver en 4 ans le remède par la sélection. L’activité périclita à la fin du 19e siècle et disparut au 20e siècle malgré des essais de renouveau, entre autres vers 1940 avec une campagne d’affichages et d’aides lancées par le gouvernement de Pétain. Elle s’éteignit surtout à cause de la concurrence des soieries asiatiques qui transitaient par le Canal de Suez et l’apparition de la soie artificielle ou rayonne.

Le vers à soie ou magnan

Affiche scolaire Ver à Soie

Le Bombyx mori est la chenille d’un papillon inconnu à l’état sauvage, il est nocturne. La femelle ne vole pas, elle a un gros abdomen. Le mâle plus petit a des ailes grises. La femelle pond 200 à 500 œufs ou graines.Les graines étaient vendues dans des boites d’une once. Le ver mesure 2 mm de long au sortir de l’œuf et va faire 4 mues puis tisser son cocon dans des branches et se transformer en chrysalide.

Certains se souviennent, Bernard à Serviers et Jean-François Bianco à Arpaillargues avec leur école, ou en famille, d’avoir pratiqué enfant cette éducation « Il fallait aller chercher les feuilles de mûriers tous les jours après l’école, enlever les vieilles feuilles et en mettre de fraiches. La montée dans les bruyères était surprenante, les vers montaient tous en même temps.« (JFB)

Les magnaneries se trouvaient dans les greniers, elles possédaient des fenestrons pour aérer et de petites cheminées dans les angles. La température devait être constante. L’éclosion des œufs avait lieu en avril en même temps que les feuilles de mûrier. S’il faisait froid la récolte pouvait être perdue. « Certaines femmes mettaient la graine dans un petit sac dans leur soutien gorge ou sur un fourneau. Tous les enfants décoconnaient ensemble devant l’église. On posait les cocons dans de grands draps »(JFB).

Thermomètre Réaumur

Les vers placés sur des clayettes faisaient grand bruit. L’éducation commence en avril et dure 30 à 35 jours. Leur croissance est considérable. Leur appétit augmente à la 4e mue. Il existait des thermomètres Réaumur spéciaux « vers à soie » qui indiquaient la température pendant la croissance des vers. Après la montée on doit récupérer les cocons au 6e jour, très rapidement pour que le papillon ne coupe pas le fil de soie. Les cocons sont vendus à des courtiers qui vont aux marchés d’Alès ou de Beaucaire.

L’éducation des vers à soie était une activité familiale qui correspondait à un apport non négligeable pour les familles. A cette époque, rien ne se perdait : pour compléter les revenus de l’exploitation il était courant de vendre le produit de nombreuses petites récoltes : » les peaux de lapins, les plantes aromatiques, le tartre des cuves à vin et même les poils de cochons » (JFB).

 

Mûrier taillé devant le château vers 1940

Les Mûriers

Il y avait plusieurs types de mûriers : les noirs et les blancs. Les vers préféraient les blancs, ce sont ceux qui furent principalement plantés dans la région. Le bois du mûrier est dur. Il servait en tonnellerie et à la fabrication de piquets de vigne. L’écorce est amère, purgative et vermifuge . La récolte des feuilles était règlementée, tout comme la plantation par la corporation des soyeux qui règlementait la production de cocons et de soie. Il y avait des conseils pour le bon entretien de l’arbre : « le dépouiller complètement, les arbres les plus jeunes en premier et les vieux arbres à la fin (les feuilles étant plus chargées de principe résineux). Cueillir la feuille le matin avant la rosée, de bas en haut pour ne pas abimer le bourgeon ».

Le mûrier peut vivre 300 ans, c’est un arbre mythique, la cérémonie du « cacho fio » de Noël doit être faite avec une buche de mûrier. Le mûrier portait le nom d' »Arbre d’or » : couleur des feuilles en automne ou bon rapport , à vous de choisir précise Bernard !

Cet arbre figure dans un proverbe occitan célèbre et significatif : « olivié de ton grand, castagnié de ton paire, amorié de tu » = « olivier de ton aïeul, châtaigner de ton père, mûrier de toi-même« .

Matrice cadastrale

Plan de l’implantation des mûriers

Bernard a fait des recherches sur les matrices cadastrales d’Arpaillargues de la fin du 19e s. et a réalisé une carte à partir du cadastre napoléonien (de 1819-20). Les quartiers où figurent le plus de mûriers sont en rouge, puis en violet. Peu de terres sont plantées uniquement de mûriers (encadrés rouges), ils sont le plus souvent plantés en bordure de champ.

Un document de 1787 nous présente les propriétés de la famille Bargeton (2e château) où de nombreuses parcelles étaient plantées de vignes, d’oliviers mais aussi de mûriers qu’il fallait « rabougrir (tailler ou raccourcir) et recurer ainsi que les murailles à remonter ».( Ces termes ont attirés l’attention des muraillers !) Les mesures des parcelles étaient données en salmées et eyminées. Une table permettait d’évaluer ces mesures qui variaient selon les lieux.

La plupart des mûriers furent arrachés dans les années 1950, car ils gênaient les mouvements des tracteurs (surtout pour tourner) (JFB).

Il en reste pourtant plus d’une centaine, en bordure des terres ou en allées vers la propriété comme au mas Pradier à Arpaillargues, mais aussi le long de la rivière… Les plus beaux et les plus vieux sont dans la rue des mûriers, le pré et dans la propriété juste à côté de l’école du village.

Les filatures

Moulin de Chalier vers 1940

Ce sont des bâtiments où sont extraits les fils de soie à partir des cocons de vers à soie. Il y avait une filature à Arpaillargues, la filature Puget au « Moulin de Chalier ». Le bâtiment a été construit en 1824 à côté d’un moulin à blé actionné par l’eau des Seynes. Ce fut d’abord une fabrique de chaudières en tôle de fer et de machine à vapeur. Louis Gabriel Puget y installe en 1833 une filature avec 10 bassines. Ce propriétaire, négociant et marchand de bas est aussi le propriétaire du château d’Arpaillargues acheté à Louis Charles d’Agoult en 1807. Il a déposé deux brevets d’inventions en 1833. L’un pour un appareil propre à filer la soie à 4 bouts à la fois sur une seule roue et l’autre pour l’application de la vapeur du procédé Gensoul à mouvoir en même temps les tours à filer… C’est une époque de grande créativité et de nombreux brevets sont déposés pour améliorer la production.

Filature Vincent Uzès

Les filatures d’Uzès

L’architecture de ces bâtiments est caractéristique avec de grandes baies pour faire entrer la lumière, Au milieu du 19e s., il y avait 6 filatures à Uzès et 3 à la fin du siècle :

  • filature Théraube qui deviendra la réglisserie Zan et aujourd’hui le Musée Haribo
  • filature Vincent devenue la Potinière (l’Université populaire puis Spar)
  • filature Mathieu près du stade
  • filature Bouzigue originaire d’Arpaillargues à La Croix des palmiers
  • filature rue Benoit
  • filature dans la vallée de l’Eure (vue pendant la balade de la Vallée de l’Eure)
  • filature à Pampérigouste
  • filature La Californie à Pont des charrettes

Travail et organisation

La main d’œuvre était locale, il y eut jusqu’à 2000 ouvriers à Uzès en grande partie des femmes. Par contre, les recensements d’Arpaillargues n’indique pas de fileuse. Le travail était minutieux, long et difficile. En 1875 la journée était du jour au jour, (du lever au coucher du soleil)  c’est à dire qu’ en été, elle durait de 17 à 18 heures. L’odeur (de décomposition des vers), la chaleur (des bassines) étaient éprouvantes. Y travaillaient des femmes, des jeunes filles et des enfants dès 8 ans (jusqu’en 1841).

 

Cette vidéo-conférence fut très appréciée par le public attentif mais aussi participatif comme l’avait proposé Bernard, n’hésitant pas à rappeler leurs souvenirs. Elle vient compléter la sortie de 2018 au Musée de Maison rouge à Saint-Jean-du-Gard, ancienne filature où la présence des fileuses étaient encore palpable.

La conférence s’est terminée par le verre de l’amitié qui a précédé l’Assemblée générale.

 

Ce compte rendu a été réalisé comme d’habitude par Annie mais cette fois-ci à partir d’un enregistrement puisqu’elle était empêchée par le Covid. Elle y a apporté quelques compléments principalement sur les mûriers.

 

Pour aller plus loin

Quelques photos de la conférence


 

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