3 avril 2026 – Les statues-menhirs de Montaïon et de l’Uzège

Statue-menhir de Montaïon (© Bruno Marc)

En 1984, des agriculteurs de Sanilhac faisaient la découverte sur le site du Montaillon (ou Montaïon) près du Gardon d’un objet énigmatique que les archéologues ont qualifié de statue menhir. Ces objets préhistoriques datant du néolithique sont très nombreux en Occitanie et à Rodez un musée leur est consacré.

Quelques personnes intéressées par l’archéologie, membres de deux associations de l’Uzège : La Zébrine d’Arpaillargues et Aureilhac et Les Amis de la bibliothèque de Sanilhac et Sagriès (certains faisant partie des deux associations), ont eu l’idée de proposer à Guillaume Boccacio, archéologue, attaché de conservation du patrimoine à Uzès, de faire une conférence sur les statues-menhirs de l’Uzège. Guillaume avait déjà présenté une exposition en 2024, autour de la statue-menhir du Pas du loup, découverte sur le Cercle de pierre à Uzès. La statue-menhir de Montaïon a été découverte en 1984 à Sanilhac, elle est conservée au Musée d’Alès. C’est ainsi que s’est formé le projet de sorties en deux temps autour de ces objets énigmatiques.

Ça c'est bien passé

Conférence sur les statues-menhirs vendredi 3 avril 2026

 

Cabinet de curiosités Réserve Naturelle Régionale des Gorges du Gardon

Le cabinet de curiosités

Juste avant la conférence, rendez-vous était donné à ceux qui souhaitaient découvrir ou revoir le cabinet de curiosités moderne, un lieu singulier et fort intéressant, qui est en fait la Maison de la Réserve Naturelle Régionale des Gorges du Gardon à Sanilhac-Sagriès. On peut y admirer des éléments naturels, des objets créés par l’homme, des instruments scientifiques ou encore des œuvres d’art. Tout un aperçu de la richesse de la Réserve Naturelle. Il a été créé en 2022 par l’artiste Victoriaz Klotz et l’équipe de la Réserve. Un bon nombre de zébriniens ne le connaissaient pas et l’ont découvert avec surprise. Ils ont ouvert les longs tiroirs remplis de tessons, d’insectes, de pierres, de livres et revues, certains concernant l’archéologie. Ils ont admirer les plumes, les exuvies, les crânes… sans oublier le fameux castor.

La conférence : La statue-menhir de Montaïon et les statues-menhirs de l’Uzège

Plus de quatre vingt personnes sont venues assister à la conférence de Guillaume Boccacio qui avait lieu dans l’ancienne chapelle (jamais consacrée) devenue le foyer communal de Sanilhac et Sagriès.

 

Guillaume Boccacio

Le conférencier

Guillaume Boccacio est préhistorien, son domaine est le Paléolithique et sa thèse porte sur la grotte de la Salpêtrière à proximité du Pont du Gard. Il est aussi chargé de la valorisation du patrimoine à Uzès. Même si les statues-menhirs ne sont pas sa spécialité (dit-il), il les connait bien pour avoir travaillé plusieurs années au Musée d’Histoire Naturelle et de Préhistoire de Nîmes où se trouvent une quinzaine de statues-menhirs du sous groupe du Bas-Languedoc de la période Fontbouisse du Néolithique final. C’est une des plus belles collections françaises. Il sait aussi tailler les silex et même les statues-menhirs. Trois de ses « œuvres » figurent dans des musées !
Il a présenté en 2024 une exposition sur la statue-menhir du Pas du loup qui a été découverte sur le cercle de pierre mis à jour par des archéologues de l’INRAP lors de fouilles préventives à Uzès en 2019.

 

Carte des statues-menhirs d'Occitanie
Carte des statues-menhirs d’Occitanie

Les statues-menhirs languedociennes

Guillaume a commencé par nous présenter une carte des statues-menhirs d’Occitanie issue du catalogue « Les statues-menhirs et la fin du Néolithique en Occitanie » (Consultable ci-dessous).
On peut distinguer trois grandes zones :
   – Le groupe du Rouergue et Haut-Languedoc, qui en compte 157, certaines d’une très grande taille (4m.)
   – Le groupe du Bas-Languedoc avec la zone de Montpellier, Pic St-Loup et Hérault.
   – Le groupe des garrigues du Gard.
Le sous groupe gardois en compte 42 et Guillaume va présenter le groupe de l’Uzège d’une trentaine de stèles.

 

La statue-menhir de Montaïon

Statue-menhir de Montaïon

La vedette de la soirée était la statue de Montaïon, qu’un groupe est allé voir à Alès au Musée du Colombier. Elle a été découverte en 1984 pas très loin du Gardon et du Pont Saint Nicolas par des agriculteurs (Famille Bruguière) qui travaillaient à défoncer une terre pour y planter de la vigne. Signalée par Mr Duret bien connu pour avoir inventorié les cabanes de l’Uzège, elle a été fouillée rapidement par Mrs Gutherz et Jallot qui ont localisé un site composé de plusieurs dalles dont une seule était gravée. Un deuxième sondage a révélé des stèles plantées en terre en place à la limite d’un pierrier comme un monument organisé où ils ont trouvé du matériel : silex, céramiques néolithiques. A 100 m du site, en 1996, au mas de Bernin (Jérusalem) une deuxième statue de grande finesse a été trouvée. Elle présente des pastilles sous un collier de deux ou trois rangs de perles.
La statue de Montaïon mesure 1,93 cm x 67 cm x 22 cm. Elle a été mise en forme en une sorte d’amande, au sommet arrondi avec une légère encoche qui détache la tête et l’épaulement. Elle présente une crosse, ou hache, un objet pointu terminé par deux arceaux, souvent assimilé à un poignard, et deux triangles qui semblent suspendus à cet objet énigmatique. Les archéologues ne s’avancent pas sur l’interprétation de ces attributs, « nous n’avons plus la capacité de comprendre », déclare notre conférencier.
Une notice virtuelle du musée est disponible.

 

Statue-menhir du Bon Diablet – Saint-Quentin-la-Poterie (JYB Devot)

Les statues-menhirs de l’Uzège

Pour mieux appréhender les attributs de notre statue, il faut avoir des éléments de comparaison. Guillaume nous a présenté quelques statues des trente statues-menhirs de l’Uzège. En voici la liste avec une courte description. Certaines font partie des collections de Nîmes visibles au Musée ou sur Google Arts précise Guillaume.

   ♦ Castelnau-Valence : La Gayette – Découverte en 1890 dont les attributs sont très proches de celle de Montaïon : crosse, objet identique, deux triangles et un visage avec le T facial, nez, sourcil et yeux. Confirmant la représentation humaine de celle de Montaïon.
   ♦ Saint-Maximin : Valat de Droume – 1998, cassée, elle porte le même objet unique.
   ♦ Baron : Font couverte – 1974, visage, bras, objet arrondi, deux objets rectangulaires comme un plastron, 126 cm
   ♦ Saint-Maximin : Saint Phalibert – 1985, 78 cm, bras, visage, crosse.
   ♦ Collorgues : Mas de l’aveugle 1 – 1879, la plus ancienne, 170 cm, tête, bras rassemblés, crosse, deux pastilles comme deux pommettes.
   ♦ Collorgues : Mas de l’aveugle 2 – 1888, 134 cm, T facial, crosse, bras, deux pastilles comme deux seins ; se pose alors la question du genre, pas résolu, pas significatif
   ♦ Blauzac : 1977 – 130 cm, crosse, mains, pastilles, tour du visage, double rainure, ceinture, objet cerclé, rainures sur le côté comme des côtes, arcature faciale autour des yeux. Trouvée sur une décharge, elle est chez André Ferrand.
   ♦ Castelnau-Valence : Rosseironne – 1961, 135 cm, une des plus belles de Nîmes, très soignée, finement sculptée, visage, crosse, mains repliées en offrandes, objet suspendu, baudrier, rainures pour les côtes, bras accrochés au sommet de la tête.
   ♦ Castelnau-Valence : Mas Martin – 1936, T facial, bras, yeux, pastille et crosse.
   ♦ Sainte-Anastasie : Grès – 1995, 101 cm, yeux, nez, traits (dit tête de chouette), peut-être un tatouage comme chez Otzi.
   ♦ Saint-Benézet : Candélaïre – 1930, bras recourbés, tour du visage, collier, rainures pour les côtes.
   ♦ Euzet : Colombier – 1960, 41 cm, objet, tête, bras, traits de tatouage.
   ♦ Saint-Quentin-la-Poterie : Bon Diablet – 1995, petite 57 cm, T facial, pastilles, bras, rainures des côtes, Musée d’Uzès.
   ♦ Saint-Théodorit : Roumanis – 1880, 32 cm. La vedette de Nîmes : calcaire fin, très soignée, une œuvre d’art, perle, brisée.
   ♦ La Rouvière : Puech de la cabane – 2019, 142 cm, nez, yeux, traits, objet, découverte dans une fosse dans le fond d’une cabane de la fin du Néolithique. On continue donc à en découvrir le plus souvent par des archéologues sur site ce qui autorise des fouilles.
   ♦ Collias : Courion – 1997, 4 stèles fouillées par Gutherz sont sobrement ornées, visage, T facial, objet, provenant d’un monument funéraire pavé, deux autres sont trouvées en 1982 et 2020 à Champguivard avec crosse et objet.

Statue-menhir du Pas-du-Loup – Uzès (JYB Devot)

La statue-menhir du Pas du loup

   ♦ Uzès : Pas du loup – 2018, visage, nez en relief, yeux en creux (cupules), bras qui se rejoignent, objet creux, ceinture, boucle, rainures des côtes, 168 cm.
Elle a été découverte face contre terre, la première dalle trouvée sur un double alignement jointif de dalles calcaires, au centre de l’arc de pierres, intégrée dans un monument mégalithique exceptionnel. Le cercle de pierres pourrait avoir 95 m de diamètre, formé de 300 pierres qui auraient nécessité une centaine de personnes pendant plusieurs années. Ce qui conforterait l’hypothèse de notre conférencier, d’un monument produit par un ensemble de communautés villageoises. Le site est placé au centre d’un territoire jalonné de statues-menhirs. D’autre part, les dalles ont été volontairement abaissées et cassées à la fin du Néolithique, ce qui laisserait penser à une condamnation pour protection du site à une période où on constate une baisse de la population et à un refroidissement des températures.

 

Statues-menhirs de Toscane

Les statues-menhirs de part le monde

Même si on trouve de nombreuses statues-menhirs en Occitanie, on peut en trouver ailleurs. Quelques unes en Bretagne, en Corse, en Sardaigne, en Toscane, en Espagne, au Portugal, en Suisse, mais aussi en Crimée et en Ukraine, en Syrie et en Iran où elles sont appelées « Statues sans parole ». Il est d’ailleurs curieux de remarquer que ni la bouche , ni les oreilles ne sont représentées sur nos statues-menhirs.

 

La recherche archéologique évolue sans cesse. Longtemps considérées comme les plus anciennes statues, elles pourraient l’être encore plus. Leur énigme n’a pas été résolue. Les mégalithes posent toujours autant de questions sur leurs significations et leurs destinées. Des générations de chercheurs ont essayé de comprendre. Serait-ce la représentation d’êtres humains, ancêtres, divinités, esprits, guerriers, « on ne sait toujours pas », conclu notre conférencier, et nous l’avons bien applaudi et remercié de nous avoir si bien fait découvrir les richesses de notre territoire et ces statues qui sont tout autant œuvres d’art que patrimoine.

 

>>> Visite du Musée du Colombier

Pour aller plus loin

 

Quelques photos de la visite

 

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