Balade à la découverte du patrimoine de pierre sur un domaine agricole du XVIIème siècles. Un itinéraire de 4 km pour comprendre la gestion de l’eau au travers divers aménagements hydrauliques autour de la source de Font l’Abbé. Nombreuses constructions en pierre sèche dont des impressionnantes tours hélicoïdales.
La balade débute à 8h pour se terminer vers 10h30. Petit déjeuner en fin de parcours offert par la Zébrine.
RV à 7h30 pour co-voiturage devant la salle polyvalente d’Arpaillargues ou à 8h au parking du domaine d’Escattes (plan)

Quelle bonne idée et quel courage ont eu les 19 zébriniens et amis d’avoir accepté une balade si matinale pour échapper à la chaleur revenue (hum, ou prolongée !). Dès 7h30, un bon groupe s’est gaiement dirigé vers Courbessac en passant par les gorges du Gardon, puis Poulx pour s’arrêter au parking du chemin de Font Aubarne au nord de Courbessac.
La balade

En 4 km, nous allions suivre en partie le parcours du plan réalisé par le Collectif des garrigues, présent sur internet bien sûr mais aussi dans le livre « L’art de la pierre sèche en garrigue : 20 balades sur les sentiers du Gard et de l’Hérault » dont nous avons déjà parlé et qui inclus notre « Sentier des Conques ». Par des chemins souvent ombragés, nous allions découvrir 4 capitelles, 2 tours hélicoïdales, les cônes témoins d’un siphon, des bassins, tout un ensemble de murs de pierres sèches et surtout une source : Font de l’Abbé et son réseau hydraulique mais aussi des oliviers.
Le domaine d’Escattes
Voici la présentation de Philippe, notre guide. Nous souhaitions qu’un membre de l’Association MENHIR nous guide, mais ils étaient injoignables. Deux jours avant la balade nous avons appris par l’intermédiaire de Daniel Munch (Mr Pierre sèche du SMGG) qu’une personne allait pouvoir ouvrir les grilles de la source. Donc Philippe (et moi) avons potassé les articles fort bien documentés de MENHIR, en voici un résumé (des liens ci-dessous vous donnent les articles complets).
Le domaine du Mas d’Escattes est un ancien domaine agricole attesté dès le début du 17e siècle. Le terroir de Courbessac, bien irrigué grâce à la présence de plusieurs sources (Font de l’Abbé, Font Aubarne…) a bénéficié d’une mise en valeur précoce dont l’origine remonte à l’époque pré-romaine. Au 17e le mas est signalé comme un mas jasse (maison et bergerie de 300m²), avec cour (480m²), jardin , cultures maraîchères et fruitières (460m²), olivettes (36 000m²), vignes (3 000m²), terres (céréales, friches, pâtures, bois : 76ha – 760 000m²).

Les propriétaires
Plusieurs propriétaires vont se succéder du 17 au 20e s. : des magistrats (Philippe de Baudoin, Pavée de Villevieille, Émilie de la Baume), les chanoines de la Cathédrale de Nîmes (dont Jean Etienne Servel), des négociants et banquiers (membres de la famille Pascal qui travaillerons beaucoup à l’embellissement du domaine au 18e -19e s.), des nobles (Arthuis de Charnisay), un ingénieur (Paul Vaquer) et un industriel (famille Bourret, derniers propriétaires).
Au 19e siècle, les propriétaires successifs auront le souci, non seulement de développer et d’améliorer les cultures de la vigne, des oliviers, des mûriers (pour la production de la soie), le potager, les vergers, l’élevage de moutons, etc., mais aussi de créer un espace de vie agréable à proximité du mas sur la colline qui est alors appelée « la montagne » et dont les versants, bien exposés, sont bâtis en terrasses plantées de vignes. Avec la construction de fabriques en pierre sèche, grandes capitelles, tours, elle va devenir un parc sillonné d’allées, baptisées du nom de personnages célèbres.
Le mas est un beau domaine en 1920, orné d’allées de cyprès et platanes, avec orangeraie, pots d’Anduze, magnanerie, bergerie, chevaux, basse-cour, jardin potager. 60 personnes y travaillaient, 130 pendant les saisons. Les textes témoignent de la vie d’un beau domaine agricole gardois au 19e et 20e siècle.
L’eau
A partir du 17e s., un réseau complexe d’aménagements hydrauliques est crée pour assurer l’alimentation en eau du mas et de son domaine à partir des 2 sources (l’Abbé et Aubarne) :
Font de l’Abbé : aménagements du 18 et 19e siècles : puits en amont alimenté par les eaux de ruissellement, escalier d’accès, chambre de captage de l’eau entourée d’un fossé et protégée d’une construction avec voûte en berceau à lunettes avec maçonneries recouvertes d’un enduit de chaux, dispositifs de régulation de trop plein et de débit, bassin réservoir, canalisations sur une centaine de mètres, prise d’eau vers la citerne du mas, usage : domestique et alimentaire (eau pure).
Font Aubarne : aménagements du 19e s. : 3 puits dont le principal protégé par une construction (Long : 24m), barbacanes, escalier d’accès, grand bassin de réception à débordement près du mas, canalisation métallique de 10 cm de diamètre avec bornes et regards, siphon pour franchir le valadas et le chemin avec cheminées de pression. Usage : plutôt arrosage jardin et verger. L’usage des 3 Bassins de récupération des eaux de ruissellement : arrosages, réserves pour les animaux, lutte contre incendie, agrément (?).
En 1997 la ville de Nîmes acquiert le domaine pour aménager le lieu selon plusieurs axes : le patrimoine de pierre sèche, la préservation de la nature de la garrigue, l’agriculture (conservatoire de l’olivier), l’urbanisme avec des lotissements.
Le site a été restauré et réaménagé avec le concours des associations Le MENHIR (coordination et restauration), Concordia (restauration), ACEE (restauration et entretien), ASERPUR (expertise et restauration). Il est géré par la ville de Nîmes.
Le Mas d’Escattes est aujourd’hui une maison d’hôtes de charme.
Association MENHIR
L’association MENHIR existe depuis 1996, elle va fêter ses 30 ans cette année. Jusqu’en 2010, elle comptait une vingtaine de membres actifs, aujourd’hui ils ne seraient plus que 8. Ils ont effectué un travail énorme tant en recherches sur archives qu’en restauration et transport de tonnes de pierres. De 1998 à 2014 : 14500 heures de travail et 800 tonnes de pierres remuées.
Leur nom est un sigle : Mémoire, Environnement, Histoire, Inventaire, Restauration. Tout en évoquant le vrai menhir de Courbessac.
Ils ont reçu l’aide de 11 chantiers de jeunes internationaux de l’association Concordia jusqu’en 2010 et d’autres associations comme ASERPUR que nous connaissons bien avec Maurice Roustan (qui a restauré avec Jacky Maurin notre cabane de Coste Joulène), ainsi que le soutien de la ville de Nîmes. Ils ont su faire participer les écoles de Courbessac (pour la restauration de petits murets de pierre sèche). Bref ils sont exemplaires !
Le nom du domaine
Comme toujours, l’étymologie est complexe : en Languedocien escata signifie écaille, qui pourrait évoquer un terrain rocailleux ou en terrasse. En Provençal il signifierait « dévier les eaux » (d’une source) ou lié au « mouvement de l’eau ». A vous de choisir !
Le siphon
Tout au début de la balade sur le chemin du Mas Christol surgissent deux curieuses petites constructions coniques surmontées d’un tube métallique. Mystère ! Ce sont en fait les cônes-témoins de prises d’air d’un siphon, une partie du système hydraulique qui alimente le mas. Une canalisation métallique conduit l’eau de la Font Aubarne jusqu’au mas franchissant un chemin et un valadas grâce au système de siphon dont les deux sortes de petites capitelles en pierre et chaux marquent la présence « incongrue ».
Les capitelles
On est près de Nîmes où on nomme les cabanes de pierre sèche de cette appellation devenue plus courante.
De formes bien différentes entre elles, elles le sont aussi de celles de l’Uzège et entre autres d’Arpaillargues. Elles sont faites de belles pierres en calcaire dur (dit urgonien) plus effilées que les nôtres. Toutes les capitelles du parcours ont été restaurées voire reconstruites avec des pierres trouvées sur place et avec celles de la carrière de Font Aubarne par les associations MENHIR et ASERPUR.
Les capitelles de l’allée cavalière
Les deux premières observées sont curieuses. Elles se font face, l’une basse et comme incluse dans le mur porte une sorte de chapeau et de plan carré s’arrondit ensuite en encorbellement. Celle d’en face prise dans le mur aussi est arrondie et n’a pas de toit, c’est comme une ébauche.
La capitelle carrée
Surprenante et imposante, cette capitelle carrée semble toute neuve et elle l’est. Elle a été reconstruite sur une base effondrée. Bien carrée sur la façade avec un linteau colossal, elle est arrondie sur l’arrière. Elle est bâtie parfaitement, presque trop parfaite (disent certains). Le plafond est composé de trois grosses dalles comme les bories (ou plutôt cabanons pointus) du Vaucluse. Elle présente à l’intérieur un long banc et deux niches.
La capitelle Belle-vue
Elle a en effet une belle vue et même un fenestron pour la contempler. Reconstruite parfaitement en 2005 avec une porte en grand arc surmontée d’un cordon de pierres posées sur champ. Elle se trouve sur un clapas et propose un long banc circulaire qui invite à la pause !
Il devait y avoir d’autres capitelles sur le site, une carte en indique plusieurs effondrées. Il reste encore du travail pour MENHIR qui a déjà fourni une restauration impressionnante.
Les allées
De larges allées et des sentiers sillonnent la colline, certaines bordées de longs murs de pierre sèche surmontés d’iris. L’une d’elle est nommée l’allée cavalière. Elle est surélevée et soutenue par des murets de pierre sèche et conduit de la capitelle carrée aux capitelles jumelles dites de l’allée cavalière. D’autres portaient le nom de personnages célèbres comme Beethoven… Le MENHIR est en train de refaire les plaques des noms des allées.
Les tours
Trois tours hélicoïdales présentes sur le plan de 1852 ponctuent le site.
La grande tour hélicoïdale
Ou tour « escargot » semble hélas être en cage. Un éboulement a nécessité la présence de grilles de protection. Elle est tout de même imposante (9m de hauteur, 16 m de diamètre). Elle tourne de gauche à droite par une rampe d’accès sur trois niveaux. Toute en pierre sèche, restaurée, elle est surmontée d’iris prévus pour tenir les pierres de rives (450 pieds d’iris et 480 litres d’eau).
La tour à deux escaliers
De bonne taille elle présente un grand (large) escalier et un plus petit. On a grimpé jusqu’à une sorte de plateforme bombée. Pour certains, elle ressemble à une ziggourat. Elle est maçonnée à la chaux mais elle est fort belle.
La troisième est proche des capitelles de l’allée cavalière (à voir une autre fois).
Nous ne connaissons pas la fonction de ces tours. Tours de guet et de surveillance des troupeaux comme certaines capitelles à escaliers volants, ou tours de prestige ou d’agrément, sortes de fabriques ou « folies » : mystère ! Le MENHIR émet l’hypothèse de base de moulin à vent.
L’oratoire
Construit au 18e ou 19e siècle, du haut de son escalier et de sa terrasse, un édifice porte le nom d’oratoire. Il est enduit et de même dimension que la capitelle carrée. Élégant, il surprend et évoque lui aussi les fabriques. Eveline, membre de MENHIR nous a dit que l’oratoire était l’édifice voulu par une des propriétaires (la Baronne de Charnisay) d’origine protestante alors que son mari catholique avait une chapelle à proximité, aujourd’hui en ruine. L’œcuménisme est bien venu !
Les bassins
Quatre petits bassins ponctuent la balade : losange, zigzag, ovale et demi-lune. Ce sont des bassins d’agrément mais aussi des réserves d’eau. Maçonnés à la chaux, certains présentent encore un enduit d’étanchéité. Ils sont alimentés par le ruissellement des eaux avec parfois un impluvium. Ils surprennent dans cet environnement de garrigue, inspirés peut-être par la mode des jardins anglais revisités à la mode garrigue !
La Font de l’Abbé : les sources et les aménagements hydrauliques

Le puits
Eveline nous attendait à l’ombre près de la source. Elle nous a d’abord conduit à quelques mètres de là vers un petit mazet qui abrite le grand puits carré protégé par un plancher et une grille car il est directement relié à la source. « C’est de l’eau potable » affirme-t-elle !! Il a fallu construire un mazet pour le protéger.
La source
Elle est abritée par une longue bâtisse bien cachée entre de grands murs en couloir et coiffée de belles lauzes . Elle existait sur le plan de 1852 et existerait depuis 1520. En deux groupes nous avons descendu les longs escaliers étroits qui y conduisent une fois les grilles déverrouillées. Nous y découvrons une anfractuosité moussue qui contient un vieux conduit terminé par une tête sculptée de chien (dit-elle) ou de faune.
La plaque
Au dessus de cette sorte de fontaine se trouve une plaque commémorative de marbre qui évoque le passé du lieu. On y distingue les mots FONTES AQUARUM et une date 1777 en chiffre romains. Jolie plaque mystérieuse qui pourrait témoigner du goût d’un propriétaire pour conférer à son jardin une valeur patrimoniale au même titre que les fabriques et les bassins (hum ce n’est que ma déduction).
Une traduction de la plaque est proposée (par google) : « Voici la maison du seigneur Don SallB (non traduit) en l’an 1777 Dieu a converti les troupes dans les sources d’eau Psaume 13 ».
Le bassin et la chambre de captage
La deuxième pièce abrite un grand bassin rectangulaire sous voûte longé d’une canalisation et la troisième la chambre de captage. C’est une pièce voûtée aux murs couverts de concrétions calcaires, troués de « trompettes ». L’eau y pénètre par infiltration et par les trous par fortes pluies. Au sol, dans un petit bassin, une eau claire et onze plots de pierre sur lesquels nous nous juchons pour contempler ce lieu frais et « intime ». On peut y distinguer comme un autel, un bénitier et un présentoir pour les offrandes. Eveline évoque le grand nettoyage nécessaire et sa restauration.
Les canalisations
Deux canalisations conduisaient l’eau jusqu’à la grande citerne (privée) près du mas : un aqueduc couvert de 277 m pour l’eau pure et potable, l’autre qui suivait un canal de 110 m jusqu’au mazet et au bassin destiné à l’arrosage des cultures et à abreuver le troupeau de mouton.

Le petit déjeuner
Nous avons quitté à regret ce lieu frais et humide pour rejoindre l’ensemble du groupe qui nous attendait pour déguster le petit déjeuner promis. Croissants, café et jus de fruit ont récompensé les marcheurs. Après avoir remercié vivement Eveline du MENHIR pour ses explications et sa gentillesse nous sommes allés admirer le prolongement de la source en bassin et mazet puis nous nous en sommes retournés.

Les olivettes
Le chemin du retour longeait des olivettes du Conservatoire de l’olivier. Le domaine fait partie du « site remarquable du goût, les olivettes du Pays de Nîmes » qui présente un paysage typique oléicole d’hier et aujourd’hui. Tout comme à la Combe des Bourguignons où nous sommes allés l’an passé, le domaine d’Escattes possèdent de nombreuses parcelles plantées d’oliviers : des olivettes régénérés après le gel de 1956, des parcelles plantées de 680 arbres en 2001 pour l’huile AOP de Nîmes, d’autres de variétés gardoises : picholine, bouteillan et arbequine. Il y a même des oliviers ambassadeurs : 130 arbres données par 100 communes des 13 départements français producteurs d’olives.
La réserve de biotope
Vingt et un hectares du domaine sont classés protection du biotope pour assurer le développement et la protection de la faune et de la flore. Le site abrite de nombreuses espèces : 33 espèces d’oiseaux, des papillons, des amphibiens, reptiles et plantes protégées comme les dauphinelles, tulipes, rosiers, scilles…
Devisant en chemin sur ce lieu si proche de nous, si atypique et peu connu, nous nous félicitions de la chance que nous avons de pouvoir y promener librement tout en admirant la richesse patrimoniale et naturelle de notre territoire.
Pour aller plus loin
- Balade du Domaine d’Escattes (Collectif des garrigues)
- Le Mas d’Escattes (articles Cévennes Magazine de l’association Le Menhir) :
- Les aménagements hydrauliques du Domaine d’Escattes (École Antique de Nîmes)
Quelques photos de la visite










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