
Par un beau matin ensoleillé du mois de mai, vingt deux personnes ont franchi les limites Nord du département pour mettre un pied en Ardèche à la découverte du fruit du fameux Arbre à pain et d’une petite cité médiévale : Joyeuse.
La ville de Joyeuse
Tout comme Uzès, Joyeuse était un Duché-pairie, fief de la famille de Joyeuse, située au dessus de la rivière La Beaume, aux pieds des Cévennes ardéchoises. Ville commerçante dès le 13e siècle, elle s’est tournée vers les activités de la soie au 17e et présente quelques beaux hôtels particuliers du 18e témoins de son passé aristocratique. Aujourd’hui, la ville compte 1800 habitants et devient très animée l’été avec l’afflux des touristes.

Le Musée Castanea
La matinée était consacrée à la visite du Musée de la châtaigne installé au cœur de la ville médiévale.
Le bâtiment
Situé dans un monument historique, l’ancien Collège des Oratoriens, ce bâtiment accolé à l’Église Saint-Pierre date du 17e siècle. De gros murs, peu d’ouvertures, des couloirs austères et un enseignement réputé sévère l’ont surnommé « le cachot des oratoriens ». Il abrite depuis 1987 le Musée de la châtaigneraie transformé en Castanea Espace découverte de la châtaigne d’Ardèche en 2018 avec une belle scénographie et muséographie résolument contemporaine.
Le châtaignier
Cet arbre existe en Ardèche depuis fort longtemps attesté par des fossiles de feuilles de 8 à 9 Millions d’années. A l’origine le Châtaignier est une espèce sauvage. La châtaigneraie est un verger d’arbres plantés issus de plus de 500 ans de sélections et de greffages. Aujourd’hui il existe plusieurs centaines de variétés de châtaigniers ayant chacun des propriétés différentes. C’est un arbre majestueux qui peut atteindre 30 mètres de haut et être millénaire.
La châtaigne
Il existe 65 variétés traditionnelles de châtaignes ardéchoises. Un grand panneau nous les présente avec des noms bien évocateurs : Esclafarde, Bastarde, Bernade, Mazette, Roussette, Bouche verte… Parmi les quatre espèces de châtaigniers : Castanea sativa, C. Crénata, C. mollissima, C. Dentata, la plus répandue en France et en Ardèche est la Castanea sativa.

Marron ou châtaigne
Notre guide a bien su préciser la différence entre châtaigne et marron en excluant bien sûr le marron d’Inde fruit du marronnier.
Le marron est une grosse châtaigne formée d’une seule amande non cloisonnée par la peau duveteuse, le tan. Si la cloison de peau divise l’amande en deux c’est une châtaigne. On appelle généralement marron, les grosses châtaignes qui, transformées, donnent le délicieux Marron glacé ou la non moins délicieuse Crème de marrons.

Fruit du labeur
En Ardèche le châtaignier est un arbre de forêt (qui produit de petits fruits) et un arbre de verger entretenu par les agriculteurs. « La châtaigne n’est pas un fruit sauvage c’est le produit du labeur de l’homme ». Un labeur intense tant à sa culture : élagage, greffage… qu’à sa cueillette, son tri, son séchage, décorticage, calibrage, préparation avec l’aide d’outils historiquement crées en bois de châtaignier.
L’arbre à tout faire
Léo notre guide a bien montré et mis en main la gratte, la fourcole (pour ramasser les châtaignes), la massue ou pestel hérissés de pointes métalliques, la bru et le fléau (la maça) pour décortiquer ou piser, tout comme les soles ou chaussures-outils. Nous avons découvert la baratte, le tarare, le van pour décortiquer et vanner mais aussi les paniers, banaste, besse, tamis en éclisses de châtaignier. Il nous a montré les mesures à grain, les cages, cornues, hotte, bât et tonneau tout en châtaignier et une machine révolutionnaire « la machine à piser » qui décortique, sèche, vanne, trie les châtaignes. Il nous a présenté quelques curiosités, des pièces uniques témoins de l’ingéniosité d’antan :
- le confiturier (important pour les zébriniens) taillé dans un tronc creux de châtaignier la berle, muni d’une simple porte.
- le fauteuil du Papé avec accoudoir se terminant par une écuelle creusée dans la masse. Placé près de la cheminée, il était réservé à l’aïeul qui y prenait sa soupe de châtaignes ou Cousina.
- L’archebanc ou banc à chatières placé devant la cheminée lui aussi, avec tiroirs pour stocker les noix et châtaignes et loges où le chat pouvait se blottir et éloigner les rongeurs.
- La berle, une armoire superbe du 18e siècle taillée dans un tronc creux de châtaignier de 1,30 mètre de diamètre à partir d’un arbre qui devait avoir 500 à 600 ans. Une merveille complétée d’une porte avec belles ferrures et pourtant considérée alors comme un meuble de pauvre à placer dans un coin pour dissimuler le tronc.
Les préparations
Une fois récoltée, triée… la châtaigne est épluchée, triée, calibrée, cuite, moulinée et peut devenir purée et puis confiture ou crème, cuisinée avec du sucre (il y a un peu plus de sucre dans la crème). Les plus belles sont mises en bocaux ou transformées en Marrons glacés qui nécessite 16 étapes de confection (bains de sirop, cuisson, glaçage…) avec beaucoup de délicatesse. Elle peut devenir châtaignon, brises et farine une fois séchée et déshydratée.
La production
2 240 000 tonnes de châtaignes sont produites dans le monde chaque année issues de deux bassins de production : l’Asie (Japon, Corée, Chine) et l’Europe méditerranéenne, avec 119 730 tonnes (Espagne, Pologne, Italie, Albanie, Turquie et France avec 8370 tonnes).

Notre guide
Léo, un jeune guide conférencier, nous a guidés dans les espaces de ce vieux collège, de la salle du réfectoire aux salles de cours et dortoirs. Passionné par son sujet et ouvert à toutes nos questions, il nous a présenté l’arbre, le fruit et ses multiples transformations avec simplicité et compétence, issue de ses recherches. Il nous a aussi régalés avec une petite dégustation composée de tartines (pain à la farine de châtaigne) à la caillette-châtaigne, boule de châtaigne à l’orientale et bien sûr crème de marron, accompagnées d’un verre de kir-châtaigne ou jus de pomme-châtaigne. Ce fut une bien agréable pause gourmande ponctuant la visite de près de 2 heures.

La fleur de Thym
Après quelques achats gourmands dans la boutique du musée, nous sommes allés tranquillement au restaurant de la rue de la Recluse tout proche où une unique longue table nous attendait. Tout le restaurant était pour nous ! Le repas fut très agréable, goûteux et raffiné. Une bonne adresse !
La Visite théâtralisée
Juste au bout de la rue , sur la place de la Recluse, dominée par la tour du 13e siècle, nous attendait notre guide de l’Association CPPJ : Culture et Patrimoine en Pays Joyeusain. Un groupe, bien sûr de « joyeux » Joyeusains, qui nous a proposé une visite théâtralisée du cœur de la cité médiévale. Au fil d’un parcours une douzaine de personnages historiques apparaissaient, au détour d’une ruelle ou d’un immeuble, pour nous conter les grands personnages et évènements de l’histoire de la ville.
Le parcours historique
Le goulajou et Charlemagne
En compagnie de Dominique, notre guide sympathique et pleine d’humour, nous avons descendu la Grand’rue puis emprunté le Goulajous des endettés, étroit passage voûté (sorte d’androne ou traboule) qui relie la Grand’rue à la ville basse. Il était, parait-il, emprunté par les mauvais payeurs pour échapper aux commerçants de la Grand’rue. Soudain surgit Charlemagne portant fièrement son épée. La légende voudrait que le nom de la ville provienne de cette épée nommée Joyeuse, perdue puis retrouvée par un soldat qui reçut le fief en récompense !
Mr Aimable, poilu de 14-18
Nous avons continué jusqu’à la place du Jeu de paume où un « poilu de la guerre de 14-18″, Mr Aimable, a évoqué la Grande Guerre et le monument aux morts, unique en France, qui présente deux paysans pleurant leur fils mort, statue pacifiste qui fit scandale à l’époque. Il nous a appris aussi que Joyeuse était une des premières villes électrifiées. Chaque foyer avait reçu une ampoule mais pas d’interrupteur. La lumière s’éclairait et s’éteignait à la même heure pour tout le monde.
Marcus Julius Bassus
Remontant par le grand escalier, nous sommes passés par la place de la Peyre où se trouvait l’ancienne salle de pesage des soies (ou cocons) ainsi que la peyre, grosse vasque ronde, qui servait de mesure. Continuant vers une des portes de la ville nous avons eu la surprise d’y trouver Marcus Julius Bassus, Consul de Rome et Préteur, natif de Lablachère pour qui fut construit un mausolée dont il reste quelques vestiges.
Les Gaudinelles
Nous avons poursuivi par la rue de la Gaudinelle, un quartier « chaud » nous prévient notre guide où nous attendaient deux gentes demoiselles bien hardies, les gaudinelles. Ce fut un moment amusant où seuls les hommes du groupe étaient pris à partie avec un humour provoquant.
Madame Martin
Poursuivant notre chemin nous avons rencontré, près du square André et près du Musée, Madame Martin portant une poule dans son panier. Elle nous a raconté la révolte des femmes pour retrouver leur droit de culte.
Le Général Chabert
Juste devant l’Hôtel de Montravel surgit le Général Pierre Chabert, officier de la Révolution et du 1er Empire: « J’ai toujours servi la France » dit-il et il a sans doute servi de modèle au personnage de Balzac.
Le Cardinal François de Joyeuse
Tout de rouge vêtu, François de Joyeuse, membre éminent de la famille Joyeuse, Frère d’Anne de Joyeuse, pourfendeur de protestants mais aussi rallié à Henri IV, sortit de l’Église Saint-Pierre et apostropha le Général !
Anne de Joyeuse
Nous avons continué notre ascension vers le château pour admirer le panorama sur la montagne, la roche de Sampzon et la rivière La Beaume et découvrir l’aile restante du château Renaissance où nous a accueilli le Duc Anne de Joyeuse favori du roi Henri III. Il a évoqué les fastes de son ruineux mariage et ses luttes contre les protestants.
La Grande Mademoiselle
Revenant vers le Collège des Oratoriens nous avons rencontré la Grande Mademoiselle, Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, cavalière au caractère bien trempé, femme la plus riche de France, qui, ici, cherchait son cheval !
La Duchesse Henriette Catherine de Joyeuse
Revenant vers l’Hôtel de Montravel, nous avons rencontré la Duchesse de Joyeuse qui a fondé en 1620 la maison des Oratoriens ; elle était la grand mère de la Grande Mademoiselle. La questionnant sur le devenir de Joyeuse, notre guide lui a demandé ce qu’elle pensait de la ville : « il y a du bon, du moins bon et du mauvais » dit-elle. Le mauvais c’est qu’on a beaucoup détruit et pas restauré le riche patrimoine de la ville. En ce qui concerne le moins bon c’est qu’il y avait jadis beaucoup d’animation, de boutiques et d’artisans dans la Grand’rue, qui ont disparu. Quant au bon, c’est la lumière : l’électricité, le chauffage et l’eau courante (pour le bain) !
François Boissel

Nous sommes retournés vers la place de la Peyre où nous attendait le citoyen François Boissel, philosophe, écrivain et avocat du 18e siècle, auteur du « Catéchisme du genre humain », précurseur du féminisme, du communisme et de l’écologie.
Il nous a invité à le suivre jusqu’au café citoyen pour partager un communard, le verre de l’amitié où toute la troupe s’est rassemblée, vivement applaudie !
Quelle journée riche en découvertes, gourmandises, échanges et surprises ! C’est fut une façon bien plaisante et originale de découvrir le patrimoine et l’histoire d’une cité, voire d’un département. A renouveler !
Pour aller plus loin
- Joyeuse entre légende et authenticité OT
- Castanea Musée
- Joyeuse : histoire
- Joyeuse Patrimoine d’Ardèche
- Ethnobotanique du châtaignier
Quelques photos de la visite









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