
Visite des chapelles romanes autour de Tarascon. Suite du parcours d’art roman provençal.
Visites proposées par Françoise et organisée par Annie et Martine Lafon, notre guide (qui nous a déjà fait visiter les chapelles autour de Barbentane).
RV à 8h45 pour co-voiturage devant la salle polyvalente ou à 10h devant la chapelle Saint-Gabriel à Tarascon

En prolongement de la visite « L’art roman en Provence » d’avril 2025, ainsi que de celle des « Églises romanes de l’Uzège » de septembre 2024, nous avons proposé à Martine Lafon de nous concocter un parcours sur l’art roman autour de Tarascon. Nous devions donc visiter le Chapelle Saint-Gabriel et son Castrum, la Chapelle Notre-dame-du-château de St-Etienne-du-Grès, celle de Saint-Victor et la Collégiale Sainte-Marthe de Tarascon. Le parcours a été quelque peu « mouvementé » et s’est interrompu en début d’après midi.
Notre guide
Martine, à présent bien connue des membres de la Zébrine, artiste plasticienne, grande connaisseuse d’art et de patrimoine et bien documentée sur l’art roman, a rejoint le groupe de 24 personnes, zébriniens et amis, devant la chapelle Saint-Gabriel au nord-est de Tarascon.
Ernaginum
Le lieu où est édifié la chapelle est indiqué dès l’antiquité. Il se trouve sur un nœud routier, au carrefour de trois voies romaines : la voie Domitia, la voie Agrippa et la voie Aurélia. La cité antique Ernaginum y fut implantée dans un territoire de marécages entre un bras de la Durance et un bras du Rhône, sur le contrefort ouest des Alpilles. C’était d’abord un port avec la présence des corporations de « nautes », de mariniers et d’« utriculaires » (d’outre). Ce fut une ville de près de 5000 habitants avec une activité économique importante. Quand les marais sont asséchés au 13e siècle, elle se dépeuple au profit de la ville de Laurade, qui se dépeuple à son tour au profit de Saint-Etienne-du-Grès au 14e s.
Les carrières
Lieu d’exploitation de la pierre depuis l’antiquité , les carrières sont encore très présentes. La pierre est une molasse du crétacé appelée « pierre de Tarascon ». Elle a été exploitée jusqu’en 1976. Les pierres étaient livrées dans toute la région. Elles auraient servi à édifier l’amphithéâtre d’Arles, Vaison, Glanum…et la chapelle bien sûr avec les pierres in situ.
La chapelle
Nous avons traversé une jolie olivette pour atteindre les marches qui conduisent à la chapelle du 12e siècle. Quelle belle chapelle toute entourée de l’arbre emblématique de la Provence ! Église ou chapelle ? Elle est bien grande ! Prosper Mérimée la nomme Église et la fait classer en 1840 au titre des Monuments historiques. Elle a été précédée plus bas, par une ancienne chapelle dédiée à Saint Philippe et en a gardé sans doute le tympan en réemploi. Martine a fait une lecture de la façade qui, dit-elle, est très didactique et permet aux fidèles de lire les images de pierre.
Le tympan
Au dessus de la porte d’entrée avec colonnes corinthiennes et chapiteaux à l’antique (copie ou réemploi), domine un tympan en plein cintre avec deux scènes de l’Ancien testament.
On pourrait, selon Martine, le nommer « le bas relief du péché » avec :
– la scène de Daniel dans la fosse aux lions, peu connue, où l’Ange Gabriel apporte à Daniel le panier de nourriture d’Habacuc et le protège des lions (difficile à voir mais, en effet, on distingue le petit panier sous les ailes de Gabriel),
– la scène d’Adam et Eve près de l’Arbre de la connaissance. Elle ressemble étrangement à celle de la Chapelle Notre-Dame-du-Pieux-Zèle d’Eyragues (ici, l’Arbre de la connaissance semble porter des figues, le sculpteur reprenant la végétation qui l’entoure).
Le fronton
Au dessus , dans le fronton, trois scènes du Nouveau testament séparées par des arcades, « Le bas relief du mystère de l’incarnation » :
– à gauche l’Annonciation où l’Ange Gabriel annonce à Marie qu’elle va être mère « par l’opération du Saint Esprit »,
– au centre Marie,
– à droite la visitation de Marie à Élisabeth et l’annonce à Zacharie que sa femme âgée va devenir mère.
Au sommet du fronton l’Agneau Pascal sacrifié pour protéger les hommes. Quatre colombes sont logées dans les écoinçons et au dessus les noms des personnages.

L’oculus
Sous un arc brisé, un bel oculus orné de dix sculptures de têtes humaines et de décors « feuillagés » d’acanthe (qui répondent aux vraies acanthes toutes proches). Il est entouré de la représentation des quatre évangélistes : Jean avec l’aigle ; Matthieu avec l’homme ; Luc avec le taureau et Marc avec le lion. Ils sont disposés en croix.
Le Chevet
En faisant le tour de l’édifice jusqu’au chevet pentagonal, on peut remarquer que le toit est en lauze qui se chevauchent. Martine nous a signalé qu’en étudiant le toit avant travaux on y a découvert des marques lapidaires de la Tarasque.
Henri Révoil
Martine a tenu a évoquer Henri Revoil qui a révélé d’autres marques et d’autres détails. Architecte des monuments de France, il a contribué à l’étude et à la protection du patrimoine du sud de la France (comme Prosper Mérimée) et entre autres de Saint-Gabriel (il est aussi l’architecte du château Bérard, bien connu des Uzétiens, en 1867).

L’intérieur de la chapelle
Nous avons pu voir l’intérieur de la chapelle grâce à une membre de l’Association Les amis de la chapelle Saint-Gabriel, qui ont beaucoup œuvré pour la chapelle (voir leur site plus bas). Elle était venue spécialement nous ouvrir.
Nous sommes surpris par sa sobriété et son obscurité. Trois travées voûtées en arc légèrement brisé, peu d’ouverture et pas de vitraux. Les faisceaux de lumière glissent sur les murs révélant au fil des heures et des saisons un décor de pierre étoilé. La nef monte vers l’autel et suit le rocher. A remarquer les marques de tacherons et de fin de travaux. L’abside est en cul de four et seulement ornée de deux bustes, l’un de taureau et l’autre de lion.
La cippe
Une stèle funéraire romaine trouvée au 17e était enchâssée au bas d’un pilier. Elle est à présent présentée prés du chœur. Il y est question de M. Frontonius Eupor patron des nautes et des utriculaires d’Ernaginum, stèle commandée par son épouse Julia.
Le castrum
Au sommet de la colline en suivant le chemin rocailleux qui surplombe la carrière, se trouve les restes du castrum médiéval avec trois tours.
La tour maîtresse
C’est une grande tour carrée aux murs de belles pierres à bossage chanfreinées (biseautées) donc très soignées, à caractère ostentatoire, pour montrer la puissance et la richesse. C’est le symbole du pouvoir du Comte de Provence. La grande tour était reliée par un rempart aux deux autres petites tours plus endommagées et entourées d’un fossé. C’était une tour de guet pour surveiller et contrôler la circulation des denrées et le péage mais aussi une tour de défense qui n’avait pas la porte actuelle mais une porte en hauteur avec un escalier en bois mobile. Une fosse de réserve d’eau se trouvait sous la grande tour, creusée dans le rocher. L’intérieur sombre encore plus dépouillé que la chapelle a pour sol le rocher même.
L’ensemble, seul vestige du Castrum, daterait du 12e au 14e siècle.

Les chèvres du Rove
En grimpant le sentier jusqu’au castrum nous avons aperçu un groupe de chèvres aux longues cornes. C’est une œuvre de Land art de Yoann Crépin. Une œuvre en bois et végétaux trouvés sur place qui évoque les célèbres chèvres du Rove et la Routo (transhumance) dans le Parc naturel régional des Alpilles où nous nous trouvions.
La Tarasque
Avant de quitter le castrum, bien à l’ombre, prés de la tour, alors qu’il n’était pas tout à fait l’heure d’aller au restaurant, j’ai évoqué la légende de la Tarasque. Nous allions visiter la Collégiale Sainte-Marthe dans l’après midi et Martine nous avait appris la présence des traces du dragon sur le toit de la chapelle.
Légende
C’est une des plus célèbres légendes provençales qui met en scène un dragon anthropophage, la Tarasque, et Sainte Marthe, qui figure parmi la liste des saints sauroctones (saint vainqueur d’un dragon ou d’un serpent). Il y a plusieurs versions de la légende. L’une du 13e s. est de Jacques de Voragine, dans « La légende dorée » . En voici un résumé remanié :
II y avait sur les bords du Rhône, dans une forêt entre Avignon et Arles, un dragon, mi-animal, mi-poisson, plus gros qu’un bœuf, plus long qu’un cheval, avec des dents aiguës comme des cornes, et de grandes ailes aux deux côtés du corps . Ce monstre qui ravage la région et dévore troupeaux et population tuait tous les passagers et submergeait les bateaux. Il était venu par mer de la Galatie ; il avait pour parents le Léviathan, monstre à forme de serpent, qui habite les eaux, et l’Onagre, animal terrible qui brûle comme avec du feu tout ce qu’il touche.
Lorsque Marthe arrive de Palestine avec Lazare et les saintes Maries de la mer, en remontant le Rhône, elle s’arrête à Tarascon et y trouve des villageois terrorisés. Sur la prière du peuple, elle alla vers le dragon. L’ayant trouvé dans sa forêt, occupé à dévorer un homme, elle lui jeta de l’eau bénite, et lui montra une croix. Aussitôt le monstre, vaincu, se rangea comme un mouton près de la sainte, qui lui passa sa ceinture autour du cou et le conduisit au village où la foule s’empressa de le mettre à mort. Marthe devient la patronne de la ville.
La Maison penchée
Le nom du restaurant nous avait bien plu et les amis de Martine, de Boulbon, avaient validé ce choix comme une bonne adresse. De plus il était tout à côté de Saint-Gabriel, nul besoin de reprendre la voiture !
Le repas était bon mais un peu lourd, pas vraiment adapté à la saison. Il fut gai et agréable, une amie de Martine nous a même offert du champagne ! Hélas, sitôt partis pour la chapelle de Saint-Etienne-du-Grès, les embarras digestifs ont commencé. Surtout pour l’une de nous. Il a fallu renoncer aux visites prévues. Mais plus de peur que de mal, tout va bien à présent. Nous reprogrammerons la suite de la visite plus tard.
Fort heureusement, la matinée fut très intéressante. La chapelle Saint-Gabriel est magnifique, un vrai trésor de l’art roman. Martine est toujours aussi passionnante à écouter et le temps était parfait pour la balade.
Oublions nos déboires et pour finir sur une note amusante voici le refrain de la Tarasque, ce patrimoine culturel immatériel :
Lagadigadeu la Tarasca
Lagadigadeu dau casteu
Laissatz la passar la vielha masca
Laissatz la passar que vai dançar.
Pour aller plus loin
- Les amis de la chapelle Saint-Gabriel
- Chapelle Saint-Gabriel de Tarascon
- La Tarasque Museum Arlatan
- La Tarasque mythe et légende de Provence
- Les Chèvres du Rove de Yoann Crépin
Quelques photos de la visite








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