4 juin 2026 – Visite des chapelles romanes provençales autour de Tarascon

Chapelle Saint-Gabriel

Visite des chapelles romanes autour de Tarascon. Suite du parcours d’art roman provençal.

Visites proposées par Françoise et organisée par Annie et Martine Lafon, notre guide (qui nous a déjà fait visiter les chapelles autour de Barbentane).

 

RV à 8h45  pour co-voiturage devant la salle polyvalente ou à 10h devant la chapelle Saint-Gabriel à Tarascon

 

 

Ça c'est bien passé

Devant la chapelle

En prolongement de la visite « L’art roman en Provence » d’avril 2025, ainsi que de celle des « Églises romanes de l’Uzège » de septembre 2024, nous avons proposé à Martine Lafon de nous concocter un parcours sur l’art roman autour de Tarascon. Nous devions donc visiter le Chapelle Saint-Gabriel et son Castrum, la Chapelle Notre-dame-du-château de St-Etienne-du-Grès, celle de Saint-Victor et la Collégiale Sainte-Marthe de Tarascon. Le parcours a été quelque peu « mouvementé » et s’est interrompu en début d’après midi.

Notre guide

Martine, à présent bien connue des membres de la Zébrine, artiste plasticienne, grande connaisseuse d’art et de patrimoine et bien documentée sur l’art roman, a rejoint le groupe de 24 personnes, zébriniens et amis, devant la chapelle Saint-Gabriel au nord-est de Tarascon.

 

Le castrum d’Ernaginum

Ernaginum

Le lieu où est édifié la chapelle est indiqué dès l’antiquité. Il se trouve sur un nœud routier, au carrefour de trois voies romaines : la voie Domitia, la voie Agrippa et la voie Aurélia. La cité antique Ernaginum y fut implantée dans un territoire de marécages entre un bras de la Durance et un bras du Rhône, sur le contrefort ouest des Alpilles. C’était d’abord un port avec la présence des corporations de « nautes », de mariniers et d’« utriculaires » (d’outre). Ce fut une ville de près de 5000 habitants avec une activité économique importante. Quand les marais sont asséchés au 13e siècle, elle se dépeuple au profit de la ville de Laurade, qui se dépeuple à son tour au profit de Saint-Etienne-du-Grès au 14e s.

Les carrières

Lieu d’exploitation de la pierre depuis l’antiquité , les carrières sont encore très présentes. La pierre est une molasse du crétacé appelée « pierre de Tarascon ». Elle a été exploitée jusqu’en 1976. Les pierres étaient livrées dans toute la région. Elles auraient servi à édifier l’amphithéâtre d’Arles, Vaison, Glanum…et la chapelle bien sûr avec les pierres in situ.

 

En montant vers la chapelle

La chapelle

Nous avons traversé une jolie olivette pour atteindre les marches qui conduisent à la chapelle du 12e siècle. Quelle belle chapelle toute entourée de l’arbre emblématique de la Provence ! Église ou chapelle ? Elle est bien grande ! Prosper Mérimée la nomme Église et la fait classer en 1840 au titre des Monuments historiques. Elle a été précédée plus bas, par une ancienne chapelle dédiée à Saint Philippe et en a gardé sans doute le tympan en réemploi. Martine a fait une lecture de la façade qui, dit-elle, est très didactique et permet aux fidèles de lire les images de pierre.

 

Tympan et fronton

Le tympan

Au dessus de la porte d’entrée avec colonnes corinthiennes et chapiteaux à l’antique (copie ou réemploi), domine un tympan en plein cintre avec deux scènes de l’Ancien testament.
On pourrait, selon Martine, le nommer « le bas relief du péché » avec :
– la scène de Daniel dans la fosse aux lions, peu connue, où l’Ange Gabriel apporte à Daniel le panier de nourriture d’Habacuc et le protège des lions (difficile à voir mais, en effet, on distingue le petit panier sous les ailes de Gabriel),
– la scène d’Adam et Eve près de l’Arbre de la connaissance. Elle ressemble étrangement à celle de la Chapelle Notre-Dame-du-Pieux-Zèle d’Eyragues (ici, l’Arbre de la connaissance semble porter des figues, le sculpteur reprenant la végétation qui l’entoure).

Le fronton

Au dessus , dans le fronton, trois scènes du Nouveau testament séparées par des arcades, « Le bas relief du mystère de l’incarnation »  :
– à gauche l’Annonciation où l’Ange Gabriel annonce à Marie qu’elle va être mère « par l’opération du Saint Esprit »,
– au centre Marie,
– à droite la visitation de Marie à Élisabeth et l’annonce à Zacharie que sa femme âgée va devenir mère.

Au sommet du fronton l’Agneau Pascal sacrifié pour protéger les hommes. Quatre colombes sont logées dans les écoinçons et au dessus les noms des personnages.

 

L’oculus et les quatre évangélistes

L’oculus

Sous un arc brisé, un bel oculus orné de dix sculptures de têtes humaines et de décors « feuillagés » d’acanthe (qui répondent aux vraies acanthes toutes proches). Il est entouré de la représentation des quatre évangélistes : Jean avec l’aigle ; Matthieu avec l’homme ; Luc avec le taureau et Marc avec le lion. Ils sont disposés en croix.

 

Le Chevet

En faisant le tour de l’édifice jusqu’au chevet pentagonal, on peut remarquer que le toit est en lauze qui se chevauchent. Martine nous a signalé qu’en étudiant le toit avant travaux on y a découvert des marques lapidaires de la Tarasque.

 

Henri Révoil

Martine a tenu a évoquer Henri Revoil qui a révélé d’autres marques et d’autres détails. Architecte des monuments de France, il a contribué à l’étude et à la protection du patrimoine du sud de la France (comme Prosper Mérimée) et entre autres de Saint-Gabriel (il est aussi l’architecte du château Bérard, bien connu des Uzétiens, en 1867).

 

 

L’intérieur sobre de la chapelle

L’intérieur de la chapelle

Nous avons pu voir l’intérieur de la chapelle grâce à une membre de l’Association Les amis de la chapelle Saint-Gabriel, qui ont beaucoup œuvré pour la chapelle (voir leur site plus bas). Elle était venue spécialement nous ouvrir.
Nous sommes surpris par sa sobriété et son obscurité. Trois travées voûtées en arc légèrement brisé, peu d’ouverture et pas de vitraux. Les faisceaux de lumière glissent sur les murs révélant au fil des heures et des saisons un décor de pierre étoilé. La nef monte vers l’autel et suit le rocher. A remarquer les marques de tacherons et de fin de travaux. L’abside est en cul de four et seulement ornée de deux bustes, l’un de taureau et l’autre de lion.

 

La cippe

La cippe

Une stèle funéraire romaine trouvée au 17e était enchâssée au bas d’un pilier. Elle est à présent présentée prés du chœur. Il y est question de M. Frontonius Eupor patron des nautes et des utriculaires d’Ernaginum, stèle commandée par son épouse Julia.

 

 

Le castrum

Au sommet de la colline en suivant le chemin rocailleux qui surplombe la carrière, se trouve les restes du castrum médiéval avec trois tours.

La tour maîtresse

La tour maîtresse

C’est une grande tour carrée aux murs de belles pierres à bossage chanfreinées (biseautées) donc très soignées, à caractère ostentatoire, pour montrer la puissance et la richesse. C’est le symbole du pouvoir du Comte de Provence. La grande tour était reliée par un rempart aux deux autres petites tours plus endommagées et entourées d’un fossé. C’était une tour de guet pour surveiller et contrôler la circulation des denrées et le péage mais aussi une tour de défense qui n’avait pas la porte actuelle mais une porte en hauteur avec un escalier en bois mobile. Une fosse de réserve d’eau se trouvait sous la grande tour, creusée dans le rocher. L’intérieur sombre encore plus dépouillé que la chapelle a pour sol le rocher même.
L’ensemble, seul vestige du Castrum, daterait du 12e au 14e siècle.

 

 

Chèvres du Rove, Olivier Crépin

Les chèvres du Rove

En grimpant le sentier jusqu’au castrum nous avons aperçu un groupe de chèvres aux longues cornes. C’est une œuvre de Land art de Yoann Crépin. Une œuvre en bois et végétaux trouvés sur place qui évoque les célèbres chèvres du Rove et la Routo (transhumance) dans le Parc naturel régional des Alpilles où nous nous trouvions.

 

 

La Tarasque

Avant de quitter le castrum, bien à l’ombre, prés de la tour, alors qu’il n’était pas tout à fait l’heure d’aller au restaurant, j’ai évoqué la légende de la Tarasque. Nous allions visiter la Collégiale Sainte-Marthe dans l’après midi et  Martine nous avait appris la présence des traces du dragon sur le toit de la chapelle.

La Tarasque

Légende

C’est une des plus célèbres légendes provençales qui met en scène un dragon anthropophage, la Tarasque, et Sainte Marthe, qui figure parmi la liste des saints sauroctones (saint vainqueur d’un dragon ou d’un serpent). Il y a plusieurs versions de la légende. L’une du 13e s. est de Jacques de Voragine, dans « La légende dorée » . En voici un résumé remanié :

 II y avait sur les bords du Rhône, dans une forêt entre Avignon et Arles, un dragon, mi-animal, mi-poisson, plus gros qu’un bœuf, plus long qu’un cheval, avec des dents aiguës comme des cornes, et de grandes ailes aux deux côtés du corps . Ce monstre qui ravage la région et dévore troupeaux et population tuait tous les passagers et submergeait les bateaux. Il était venu par mer de la Galatie ; il avait pour parents le Léviathan, monstre à forme de serpent, qui habite les eaux, et l’Onagre, animal terrible qui brûle comme avec du feu tout ce qu’il touche.
Lorsque Marthe arrive de Palestine avec Lazare et les saintes Maries de la mer, en remontant le Rhône, elle s’arrête à Tarascon et y trouve des villageois terrorisés. Sur la prière du peuple, elle alla vers le dragon. L’ayant trouvé dans sa forêt, occupé à dévorer un homme, elle lui jeta de l’eau bénite, et lui montra une croix. Aussitôt le monstre, vaincu, se rangea comme un mouton près de la sainte, qui lui passa sa ceinture autour du cou et le conduisit au village où la foule s’empressa de le mettre à mort. Marthe devient la patronne de la ville.

Pour ceux qui souhaitent avoir tout mon récit cliquez ici
Au 15e siècle, le roi René d’Anjou hérite du royaume de Provence. Il institue les « Jeux et courses de la Tarasque » et fonde l’ordre des chevaliers de la Tarasque. Ces grandes fêtes font « grand tintamarre, noces, farandoles et festins » durant cinquante jours. Le lundi de Pentecôte, une procession singulière à laquelle se mêle une foule en liesse, associe alors une effigie de la bête et les chevaliers, ou tarascaires. On attribue également au roi René la forme définitive de l’effigie « Un monstre à tête de lion avec crinière noire, carapace de tortue, armée de crocs et de dards : dents de lézard, ventre de poisson, queue de reptile, jetant par les naseaux de longues traînées d’étincelles produites par des fusées et à l’intérieur six hommes pour la porter ». Les tarascaires animent une Tarasque qui balance sa queue, pouvant estropier les passants (de préférence les protestants). Les fêtes engendrent pourtant un engouement populaire très fort malgré le danger !

Il y a même une chanson :

Lagadigadeu la tarasca,
Lagadigadeu dau casteu (bis)
Laissatz la passar la vielha masca
Laissatz la passar que vai dançar (bis)

C’est une légende inventée pour transmettre un message à la population. Il faut se méfier du Rhône qui peut déborder, faire chavirer les bateaux, inonder, les enfants peuvent se noyer. La tarasque incarne les dangers du fleuve.

On peut voir cette histoire comme un récit symbolique représentant l’affrontement entre le paganisme, figuré par le monstre, et le christianisme, à l’image de saint Georges terrassant le dragon.

Une autre explication est possible. Des fouilles archéologiques effectuées dans le Rhône ont permis la découverte d’épaves de navires romains qui acheminaient de Marseille à Lyon, et tout au long de la vallée du Rhône, des marchandises en provenance d’Orient et en particulier des animaux destinés aux jeux du cirque. Il arrivait que ces navires coulent avec leur cargaison. Il est donc possible d’imaginer que l’un de ces navires ait transporté dans ses soutes de grands crocodiles blancs venus du Nil et destinés aux jeux du cirque.

La Tarasque a été inscrite à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2019. Depuis 2025 les Fêtes de la Tarasque à Tarascon ont été proclamées Patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

 

Au restaurant

La Maison penchée

Le nom du restaurant nous avait bien plu et les amis de Martine, de Boulbon, avaient validé ce choix comme une bonne adresse. De plus il était tout à côté de Saint-Gabriel, nul besoin de reprendre la voiture !
Le repas était bon mais un peu lourd, pas vraiment adapté à la saison. Il fut gai et agréable, une amie de Martine nous a même offert du champagne ! Hélas, sitôt partis pour la chapelle de Saint-Etienne-du-Grès, les embarras digestifs ont commencé. Surtout pour l’une de nous. Il a fallu renoncer aux visites prévues. Mais plus de peur que de mal, tout va bien à présent. Nous reprogrammerons la suite de la visite plus tard.

 

 

 

 

Fort heureusement, la matinée fut très intéressante. La chapelle Saint-Gabriel est magnifique, un vrai trésor de l’art roman. Martine est  toujours aussi passionnante à écouter et le temps était  parfait pour la balade.

Oublions nos déboires et pour finir sur une note amusante voici le refrain de la Tarasque, ce patrimoine culturel immatériel :

Lagadigadeu la Tarasca
Lagadigadeu dau casteu
Laissatz la passar la vielha masca
Laissatz la passar que vai dançar.

 

Les fêtes de la Tarasque

 

 

Pour aller plus loin

 

 

Quelques photos de la visite

 

 

 

 

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